La Gouvernance Publique Responsable (GPR) : une alternative authentique et universelle pour des services publics et des institutions éthiques, humains et plus efficaces.
Dr. Stéphane Monney Mouandjo DG. CAFRAD Yaoundé Mai 2017
Colloque International
  1. CONTEXTE ET JUSTIFICATION

Démocratie et foule semblent de plus en plus se justifier réciproquement, comme si la foule était une des modalités d’expression privilégiées de la démocratie. Or l'expérience courante de la démocratie, notamment dans les mouvements de foule, ne semble pas se conformer ni se fondre dans l'idée de démocratie. Entre système de gouvernement dans lequel le peuple exerce la souveraineté et foule, la coextensivité est beaucoup moins évidente qu'elle ne parait a priori
           
En effet, si l'expérience récente de l'expression démocratique dans certains pays africains s'est confondue avec des manifestations de foule, l’essentiel de la gestion de cette expression  a eu tendance à se limiter à deux moments : le choix des dirigeants à travers le processus des élections et les mouvements de contestation des déviances de certains gouvernements ou choix politiques. Au diptyque élections-contestations s’ajoute la revendication des ajustements ou des changements de régime à travers des modes variés d'expression dont l'une des matérialisations les plus importantes est  la descente dans la rue.
           
La gestion de la foule devient dès lors à la fois un impératif de sécurité des personnes et des biens  et une forme de gouvernance des manifestations et de gestion d'un droit à la liberté d'expression. Alors que pour les uns, cette gouvernance intègre le respect des  principes  juridiques et des valeurs de l'Etat, pour d’autres elle doit  nécessairement  intégrer une dose d'aléa nécessaire à une pratique rationnalisée des libertés et des droits dans l'Etat. Ces différentes prises de position impliquent nécessairement un devoir pour les Etats d'opérer un dosage à la fois rigoureux et habile entre l'une et l'autre extrémité possibles.

Les évènements récents en Afrique suggèrent d’opérer une démarche particulièrement fine, car, en effet, il est bien souvent difficile de trouver la juste limite entre le droit à l'expression libre d'une idée et l'exigence toute aussi incompressible de la préservation de la paix et de la sécurité dans des contextes où la culture démocratique et la maturité politique restent en gestation, du moins dans leurs formes libérales globalisées qui font désormais l’objet d’un choix consensuel, voire hégémonique en Afrique.

Il s'ensuit un ensemble de questionnements qui, aujourd'hui, doivent éclairer les pierres d'achoppement entre protection de l’expression populaire comme partie intégrante de la démocratie et consolidation de ce système face aux menaces sécuritaires que lui posent les mouvements de foule, véritables systèmes engendreurs de violence asymétrique à travers le monde, et notamment en Afrique. 

L’impératif de ce questionnement et celui des réflexions approfondies qu’il appelle se justifient et s’imposent largement. Ils se fondent entre autres sur les différents mouvements de foule ayant eu cours en Afrique d'une manière générale et au Cameroun en particulier, qui nécessitent d’ouvrir des possibilités de renouvellement de la réflexion et des initiatives de solutions garantissant un vivre ensemble plus serein. Ils visent aussi à construire des stratégies plus adaptées, bâties autour d’idéaux utiles à l'enracinement dans les principes et pratiques institutionnalisés des valeurs de démocratie, de respect des Droits et libertés publiques, de garantie de la paix et de la sécurité, ainsi que de construction constante de l'unité nationale.

Les deux impératifs doivent, par ailleurs, de par l’effort qu’ils suscitent, produire un cadre permettant de construire des institutions africaines et panafricaines intégrées de maintien et de construction durable de la paix, assises sur des valeurs communes et standards partagés et harmonisés, de nature à favoriser des échanges et capitalisations d'expériences entre acteurs de différents pays. Ce colloque vient donc à point nommé pour amorcer ou densifier  résolument un dialogue approfondi entre experts et praticiens, spécialistes institutionnels et académiques, ainsi que décideurs travaillant sur les problématiques africaines de sécurité en démocratie. Cela devrait permettre de discerner des passerelles interinstitutionnelles propres à construire une masse critique d'acteurs suffisamment équipés pour l’édification d'une véritable école de résolution endogène des différends, internes et autres, à l'échelle africaine.

  1. PROBLEMATIQUE

La réflexion sur l’application des principes démocratiques dans la perspective du dépassement d’une certaine ‘‘agoraphobie gouvernementale’’ caractéristique des Etats et démocraties jeunes et la maitrise des risques liés à la concentration publique de groupes et personnes dans le cadre de mouvements de contestation polymorphes en milieu extérieur est  prioritairement une réflexion de type opérationnel. Son concept central de gestion démocratique des foules (GDF) implique en effet, pour les Forces de Sécurité, de protéger les personnes et les biens lors des manifestations en maitrisant les difficultés liées à la concentration humaine dans un périmètre généralement urbain, aux mouvements générés par la circulation massive des personnes, et particulièrement à la mixité des manifestants dont une partie peut être pacifique, et une autre hautement disruptive parce qu’hostile, quand bien même elle serait minoritaire. Les types de cadres opérationnels incluent celui du service d’ordre lors de grands rassemblements pacifiques, généralement ludiques, celui du maintien de l’ordre au cours des manifestations autorisées comportant ou produisant un risque de troubles à l’ordre public entrainés par des débordements ou occupations diverses, ou encore le rétablissement de l’ordre face à des violences de type émeutière nécessitant d’engager l’épreuve de force.
           
Il s’agit alors pour les Forces de protéger la foule mixte tout en se protégeant elles-mêmes des éléments violents, et ce, dans le respect du cadre réglementaire et de ses prescriptions en matière de Droits et de dignité humains. La dimension capacitaire étant ici fondamentale, les Forces insistent sur le besoin d’outils et d’une architecture de pratiques  adaptables et réactifs d’une gestion démocratique des foules hypermobile, s’appuyant sur les unités de recueil et de traitement des informations de type Gendarmerie (cellules renseignement et d’anticipation opérationnelle), de police judiciaire (brigades et/ou section de recherches), et se déployant à travers les unités de gestion de flux (escadrons de sécurité routière), les unités d’appui spécialisé (hélicoptères, appui à la mobilité, observation et exploitation de l’imagerie légale), ainsi que l’aide à la planification et la conception des dispositifs de gestion des crises.
           
Toutefois, lorsque ces impératifs capacitaires et opérationnels doivent s’inscrire dans un contexte marqué par des logiques de récurrence, d’accélération ou de recrudescence liée notamment aux transitions structurelles du type ouverture ou consolidation démocratique qui traverse l’Afrique depuis trois décennies, les mouvements de foules et les enjeux de leur maitrise ont une portée dont densité engage davantage les dimensions politiques et de gouvernance que celles opérationnelles. Autant les mouvements pacifiques ou émeutiers peuvent entrainer une extension des libertés publiques dans les cas de réponse politique conciliante, autant les débordements de violence ont pu historiquement sembler nécessiter une restauration autoritaire pour endiguer des menaces à la sécurité, voire à la survie de l’Etat.
           
Parce qu’ils peuvent alors engager jusqu’à la forme et la pérennité mêmes des Etats et de leurs institutions, les mouvements de foule posent des défis qui sont décuplés par les dynamiques structurelles d’excédent démocratique (supériorité du niveau de développement des libertés publiques et notamment de l’expression libre sur celui de la satisfaction des besoins économiques ou de la provision d’opportunités à cet effet) qui est l’apanage de la quasi-totalité des Etats africains. Ces enjeux et défis nécessitent une réflexion non seulement sur la gestion démocratique (opérationnelle) des foules, mais aussi sur la gouvernance démocratique (stratégique et politique) des mouvements de foule.
           
Dans le cadre de la consolidation de leur partenariat et au regard des grands enjeux structurels et conjoncturels, contemporains et prospectifs, le CAFRAD et l’EIFORCES se proposent de rapprocher et d’examiner conjointement, sans toutefois négliger les spécificités, ces deux pôles de réflexion-action dans une perspective intégrée en rapport avec les dispositifs, les pratiques, les trajectoires, les défis et enjeux transformationnels de l’Afrique. La démarche apparait d’autant plus pertinente que c’est toujours dans et à partir du niveau de développement économique, institutionnel et technologique des sociétés que celles-ci intègrent les composants technico-capacitaires assurant les différentes fonctions de la GDF : renseignement et anticipation, modélisation et mise en situation, surveillance (vidéosurveillance, drones), systèmes de communication, centres de commandement et de contrôle, modules et pratiques de protection des Forces de Sécurité et des manifestants hostiles ou pacifiques dans l’engagement violent.
           
La maitrise recherchée et son niveau relatif dans chaque Etat ou société apparaissent donc encastrés dans des ensembles territorialisés d’arrangements de rapports entre cultures, capacités, savoirs, savoir-faire sécuritaires et politiques, entités agoniques et iréniques plus ou moins subdivisibles, trajectoires et pratiques de sécurité intérieure, relationnelle et globale qui font dispositif, un dispositif plus ou moins stabilisé au plein sens foucaldien. Visant à éclairer ces dispositifs africains aux fins d’en renforcer la pertinence, la cohérence et l’efficacité, les contributions au colloque s’attelleront à répondre en priorité à cette question centrale : comment s’articulent et devraient désormais s’articuler les concepts, instances, capacités et pratiques de maitrise des mouvements de foule dans la perspective de consolidation du continuum paix-sécurité-développement central aux coordonnées à la fois normatives, praxéologiques et téléologiques de la gouvernance en Afrique ?

  1. AXES DE LA REFLEXION

La Gouvernance démocratique des mouvements de foule en situation normale et en temps de crise: principes, concept et enjeux ;

  • Les dynamiques historiques de gestion des foules en Afrique ; entre aspirations démocratiques et débordements ;
  • La gestion démocratique des mouvements de foule en démocratie et en OSP : leçons opérationnelles, RETEX et perspectives comparées ;
  • Gestion et gouvernance démocratiques des foules : risques et opportunités pour les visions et projections africaines de changement transformationnel et de transitions structurelles ;
  • Le renforcement de la gouvernance et de la gestion démocratiques des foules en Afrique : prospective et propositions stratégiques et opérationnelles sur la prévention et la gestion.
  1. PUBLIC CIBLE

Le colloque est organisé pour les acteurs et experts des questions de sécurité liées au thème :

  • Les responsables dans les ministères de la défense, de la Justice, de l’intérieur ou des affaires internes ;
  • Les responsables des différentes formations de sécurité, agences de renseignement, etc.
  • Les responsables des ministères chargés des formations de sécurité interne et externe;
  • Les agents des services de renseignement et des institutions connexes;
  • Les institutions nationales et internationales de formation et recherche impliquées dans les affaires de sécurité;
  • Les responsables des TIC dans les ministères de la défense, de la Justice, de l’intérieur ou des affaires internes;
  • Les institutions internationales travaillant dans le domaine de la sécurité, la gestion des situations d’urgence, les Droits de l’homme ;
  • Les institutions de formation dans les domaines liés de la sécurité, des OSP ;
  •  Les organismes intéressés et/ou engagés dans la sécurité et la gestion des risques.
  1. PERSONNES-RESSOURCES

Les personnes-ressources sont des experts chevronnés dans la conception des stratégies à des problèmes de sécurité, ainsi que d’autres qui sont versées dans la détection et la prévention des crimes partout en Afrique et ailleurs. Ces experts sont principalement choisis par les organisateurs pour leurs compétences et/ou en provenance de pays ayant enregistré des succès relativement élevés en matière de gestion de foule et de sécurité. Ces experts travailleront ensemble pour atteindre les objectifs de ce colloque.

  1. RESULTATS ATTENDUS

Il est prévu que le colloque permette:

  • De renouveler la compréhension des facteurs, expressions et risques sécuritaires des mouvements de foule en Afrique ;
  • D’approfondir, interroger, reconsidérer et consolider les principes à la fois de gouvernance et de gestion des foules en démocratie ;
  • De mettre en perspective les expériences en contextes normaux et de crise, internes ou de déploiement en OSP, pour tirer les leçons vitales en vue du renforcement des capacités d’analyse et d’intervention ;
  • De dégager des perspectives de développement capacitaire et de transformations susceptibles de soutenir les propositions innovantes en matière stratégique, opérationnelle et autres à l’intention des acteurs et décideurs.  
  1. METHODOLOGIE

Les travaux se feront en séance plénière. Ils seront animés par des personnes ressources bénéficiant d’une longue expérience. Ces personnes ressources introduiront les exposés et mèneront les débats. Ceux-ci donneront lieu à des propositions qui feront l’objet d’un rapport, lequel sera présenté, assorti de recommandations et du plan d’action. Les exposés et le rapport feront l’objet d’une publication.

Les propositions de contribution en français ou en anglais à présenter sous forme d’articles écrits devront parvenir avant la date du 17 Mai 2017 à l’adresse électronique suivante : cafrad@cafrad.org,

Dates: 24-25 Mai 2017
Durée: Deux jours
Lieu: Yaoundé (Cameroun)
Langues: Anglais et Français.

Pour plus d’information sur le séminaire ou sur le CAFRAD, veuillez visiter notre site web: www.cafrad.org ou nous contacter à l’adresse ci-après:

CAFRAD (Centre Africain de Formation et de Recherche
Administratives pour le Développement),
B.P. 1796,
Tanger 90001 - MAROC.
Mobile Bureau (+212) 661 30 72 69
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