La Gouvernance Publique Responsable (GPR) : une alternative authentique et universelle pour des services publics et des institutions éthiques, humains et plus efficaces.
Dr. Stéphane Monney Mouandjo DG. CAFRAD Yaoundé Mai 2017

Mesdames et Messieurs

Chers amis du CAFRAD d’Afrique et du Monde,

Des mois importants viennent de s’écouler, mois au cours desquels, comme convenu, nous avons poursuivi l’œuvre qu’ensemble nous avons commencée. Ensemble, nous nous sommes fixés des d’objectifs sur les plans idéologique, sur le plan institutionnel, et opérationnel et notamment sur celui de la dynamisation de notre institution tant au niveau régional qu’international. 

Sur chacun de ces aspects,  nous avons pour l’essentiel, tenu nos promesses. Malgré les conjonctures pas toujours favorables et les contingences diverses qui, quelquefois, peuvent grever le rythmes et l’ampleur des transformations nécessaires que nous essayons non sans courage de mettre en place, nous avons tenu notre pari.

Ainsi, sur le plan idéologique, nous avons fait le choix d’orienter  notre stratégie sur la priorité de la promotion, la défense et la valorisation de l’Afrique, à travers le développement d’une pensée à la fois authentique et ouverte sur le monde et sur ses mutations.

 C’est dans ce sens, que le forum d’octobre 2015, à fait émerger le concept de Gouvernance Publique Responsable (GPR) que d’aucuns ont décliné dans le champ restrictif de ‘’l’Administration Publique Responsable. ‘’

Ce choix s’est inscrit, non sous la forme d’une rupture avec les démarches aujourd’hui en cours en Afrique et sur le plan international, mais, bien au contraire, pour marquer la présence de l’Afrique ainsi que sa participation aux débats sur les transformations qui structurent l’aujourd’hui de la gouvernance et  notamment celui de la problématique de la responsabilité en matière de gouvernance publique.

Il a aussi permis d’apporter un éclairage nouveau sur son ou ses acceptions dans un monde de plus en plus en proie aux crises de divers ordres.

 La Gouvernance Publique Responsable est alors apparue comme une synthèse à la fois opportune et nécessaire, pour des pays d’Afrique, autrefois habitués à embrasser ou subir, les soubresauts découlant de pensées et d’environnements bien éloignés de leurs réalités et donnant notamment lieu quelquefois, à des crises de compatibilité qui auraient pu être évitées si  elles avaient été déchargées de certains a priori aux relents culturalistes.

Elle est apparue comme l’amorce résolue d’une démarche et d’un mode de pensée différents,  capables de cristalliser les stratégies de transformations mélioratives et efficaces. Elles-mêmes destinées, à faire éclore des  rapports nouveaux à la chose publique et à l’Etat dans les pays africains.

C’est donc fort de ces considérations, que nous avons organisés un ensemble d’activités s’alignant sur ces préalables, à savoir : l’indispensable intérêt pour l’Afrique et pour les africains, de construire et de se construire un ou des modèles de gouvernance, assis sur des valeurs partagées, adaptées et compatibles avec l’histoire, la culture et les transformations qui y sont associées.

De la même manière, nous avons pris le soin de nous aligner sur un certain nombre de  mutations en cours dans le monde, auquel les Etats africains, sont comme tous les autres, substantiellement et intrinsèquement intégrés.

C’est dans ce sens, que la plupart de nos activités, ont épousé la stratégie de la poursuite des Objectifs de Développement Durables. Ce faisant, nous sommes restés fidèles à nos engagements : ceux de tenter dans la mesure du possible, de concilier authenticité et universalité des stratégies de gouvernance à l’œuvre à travers le monde.

Par cette démarche, nous avons voulu réaffirmer le caractère africain et panafricain du CAFRAD, mais aussi sa tension constante vers des idéaux plus intégrés et vers la réaffirmation de sa vocation universelle tout aussi assumée.

 A travers les principes et valeurs qu’il promeut, nous avons de nouveau affirmé la volonté du CAFRAD d’échapper à toute forme de  déterminismes et culturalismes qui, quelquefois, malheureusement, venaient consciemment ou accidentellement limiter la portée de certaines réformes en cours en Afrique.

C’est ainsi que sur le plan institutionnel, nous avons engagé et accompagné un ensemble de réformes internes grâce et avec le concours des Etats-membres et des partenaires. Nous avons notamment, entrepris de réhabiliter le Conseil Scientifique et de l’ouvrir à de nouveaux pays ainsi qu’à de nouveaux membres.

Bien que quelques problèmes d’opérationnalisation et d’optimisation de ses résultats subsistent  encore, on peut néanmoins affirmer que la marche vers la transformation et la modernisation du CAFRAD est bel et bien profondément engagée.

 Des outils nouveaux ont été mis en place, pour rendre l’institution plus performante et plus moderne, grâce au concours de la Fondation pour le Renforcement des Capacités en Afrique (ACBF) que nous remercions chaleureusement par ailleurs ici.

Dans le même ordre d’idée, nous avons mis en place un ensemble de mécanismes visant à mieux assurer la vie et le fonctionnement de l’institution grâce une sollicitation plus régulière des pays-membres autant dans l’inspiration des choix stratégiques que dans la conclusion de certains accords de coopération et de partenariat.

 De la même manière, nous avons entrepris de mettre l’ensemble de l’infrastructure technique de notre institution en phase avec son temps. C’est ainsi, par exemple, que l’ensemble du matériel informatique du centre a été rénové. D’autres transformations et mise à niveau du même ordre sont en cours de préparation.

Pour permettre une meilleure appropriation des travaux de l’institution par les Etats-membres, certaines activités ont été organisées à l’intérieur des pays. C’est ainsi qu’au cours de cette année, deux activités de portée majeure ont été organisées au Cameroun en Janvier et Mars 2016.

L’une a porté sur « la Gouvernance de la sécurité en Afrique médiane » en collaboration avec l’Ecole Internationale des Forces de Sécurité de Yaoundé (EIFORCES) et l’autre sur « la prévention des atteintes à la fortune publique » en collaboration avec le Ministère Délégué à la Présidence de la République chargé de du Contrôle Supérieur de l’Etat  du Cameroun et l’Ambassade des Etats-Unis d’Amérique à Yaoundé.

De ces deux expériences, ont émergé certains engagements visant notamment l’institutionnalisation des rencontres annuelles sur des problématiques de Gouvernance et de la sécurité en Afrique, et l’institutionnalisation d’une rencontre annuelle des Présidents des Cours des Comptes et des Institutions Supérieure de Contrôle (ISC), sous l’égide du CAFRAD, avec le concours de différents partenaires.

Nous avons par ailleurs saisi ces opportunités, pour lancer un appel aux pays-membres de notre institution en vue abriter les activités du CAFRAD au niveau national, et  permettre du même coup à l’institution d’asseoir son ancrage nationale, d’accélérer l’appropriation par les Etats de leur institution et des réformes qu’elle promeut (Le CAFRAD) et de favoriser conjointement sa visibilité que la vulgarisation de ses travaux.

Nous avons, dans la même logique, entrepris de repenser la grille de nos programmes d’activités en intégrant, notamment, des éléments de réformes administratives et de gouvernance d’ordre général, en les complétant, par des éléments en lien avec la réformes des finances publiques et de la fiscalité, auxquels nous avons ajouté des questions spécifiques à l’éthique et à la responsabilité ainsi que celles relatives au genre.

Nous avons par ailleurs intégré des questions en rapport avec la Gouvernance de la coopération intra et interafricaine et la problématique plus globale de la Gouvernance des relations de l’Afrique dans son rapport au monde et avec le monde.

Enfin, un accent particulier a été mis sur les questions de développement des nouvelles technologies de l’Information et de la communication et de leur application dans le développement et l’amélioration de la performance des administrations publiques en Afrique.

A ces différents aspects, nous avons mis un accent particulier sur l’organisation des formations en faveur des administrations  des pays de notre continent, en collaboration avec des institutions publiques et privées de diverses aires géographiques. Par ce moyen, nous entendons affirmer, notre volonté de faire du CAFRAD, une organisation véritablement tournée vers la formation, la recherche et de la performance des administrations publiques des pays africains et du bien être de leurs populations.

En même temps, nous assumons et réaffirmons, par ce biais, notre profonde volonté de rester une organisation enracinée dans ses principes et valeurs fondateurs et irrémédiablement en phase avec les mutations en cours sur le plan international aussi bien en termes de formation, qu’en termes de partage de valeurs compatibles avec les attentes et besoins réels des Etats africains.

C’est  en vertu de cette vision, que nous avons mis en place un programme de formation avec l’ENAP de Québec, grâce à une convention signée en Octobre 2015. Des programmes similaires et complémentaires sont en cours de discussion avec d’autres partenaires et institutions, en vue d’accompagner les transformations, le développement des performances des administrations publiques des pays d’Afrique et leur adéquation avec l’environnement international.

Voilà pourquoi nous avons entrepris de travailler de façon très active au développement de nos relations  internationales. C’est ainsi par exemple que nous avons  maintenu et renforcé nos relations avec les institutions canadiennes comme nous l’avons indiqué.

 Nous avons en outre ouvert  la voie à une coopération plus accrue avec le secteur privé et notamment avec la Chambre de Commerce et de l’Industrie du Bade-Wurtemberg (Allemagne) où nous avons effectué une visite en février dernier. L’enjeu étant de rendre plus effective le partenariat public-privé et la perspective d’accompagnement plus élaboré des stratégies d’émergence économique des pays africains.

Nous venons aussi de conclure un accord avec l’Ecole des Hautes Etudes Commerciales de Paris (HEC) avec laquelle nous envisageons de travailler sur le renforcement des capacités des manager des entreprises publiques et privées en Afrique et sur celui des personnels des ministères de l’économie et des finances des pays africains.

Nous sommes en outre en train de mettre en place une étude de grande importance avec le soutien de la Banque Africaine de Développement en vue de transformer le CAFRAD en un véritable centre de d’excellence de classe internationale pour les cadres des administrations publiques et privées de haut niveau de notre continent et pouvant rivaliser avec les institution du même type sur les autres aires géographique.

Ce serait ainsi sur le plan politique, économique et symbolique, la matérialisation de la volonté africaine de prendre résolument en main son développement. Mais ce serait surtout l’amorce décisive de la construction d’une intégration des savoirs des avoirs-faire en Afrique, au monde et avec le monde.

Des pistes de négociation avec certains pays du Moyen-Orient et d’Asie et notamment avec  l’Inde et la Corée du Sud ont été ouvertes. Une convention a été signée et des démarches entamées en direction des Emirats Arabes Unis, de Bahreïn, avec qui nous avons déjà un accord de coopération à travers le Bahreïn Institute of Public Administration (BIPA) et le  Qatar, qui pourraient constituer d’intéressants axes de coopération pour un certain nombre de nos pays-membres ainsi que pour notre institution.

Avec les autres partenaires, un accent est mis sur le développement des thématiques en rapport avec l’e-gouvernance (ou administration électronique) avec le soutien des institutions internationales.

De même que nous insistons  sur la consolidation de nos relations avec nos partenaires traditionnels comme les Nations Unies,  la Banque Africaine de Développement évidemment, la Banque Islamique de Développement, la Fondation pour le Renforcement des Capacités en Afrique et potentiellement la Banque Mondiale, nous travaillons à faire du CAFRAD, grâce à ces nombreuses collaborations, une institution dont la référence au plan international n’aura pas grand-chose à envier aux autres institutions avec lesquelles nous entendons par ailleurs renforcer notre coopération.

C’est pourquoi nous veillons à être présents à différents rendez-vous importants qui engagent l’avenir de la gouvernance et des administrations publiques et privées quand cela  est possible, pour faire entendre notre voix, ainsi que nos propositions.

Nous saisissons chacune de ces rencontre pour contribuer à améliorer la qualité du service au sein de nos administrations publiques et ainsi, participer à la construction d’une gouvernance globale plus intégrée et plus respectueuse de l’Homme et de tous les hommes.

Mesdames et Messieurs, chers amis du CAFRAD d’Afrique et du monde,

Le  CAFRAD est résolument engagé dans le vaste chantier de sa modernisation et de son internationalisation. C’est une étape décisive de son histoire. C’est aussi et davantage l’expression d’un hommage dû et mérité à notre continent et aux pères fondateurs de nos Etats et de notre institution.

C’est surtout la matérialisation du profond renouveau de la conscience africaine à travers cette modeste institution qui, du reste est désormais l’une des plus anciennes et des plus importantes en termes de nombre d’Etats-membres.  C’est l’expression d’une conscience assumée dans et à travers son histoire diverse et plurielle. Mais davantage une conscience qui entend affirmer sa place dans le monde et son rôle dans la construction du monde avec ses rêves et ses légitimes aspirations, par-delà les défis toujours nouveaux, qui se présentent à elle.

C’est ici le lieu, de remercier, très chaleureusement, l’ensemble des Etats-membres et non-membres pour leur soutien et leur accompagnement constant depuis 52 ans désormais. C’est aussi l’occasion de rendre un vibrant hommage au Gouvernement du Royaume du Maroc, pour sa constante sollicitude et pour le précieux accompagnement dont nous continuons de bénéficier de sa part depuis toutes ces années.

C’est, par ailleurs, l’occasion pour nous, de saluer ici, les efforts de l’ensemble de nos partenaires actuels et à venir, qui contribuent, de façon substantielle, à la vulgarisation ainsi qu’à la valorisation de nos travaux.

C’est par ailleurs le lieu de saluer les efforts de la dynamique équipe du CAFRAD dont l’engagement n’a d’égal que la passion de l’Afrique.

A toutes les personnes qui, de manière plus discrètes continuent de garder allumée, la flamme d’une l’Afrique courageuse, je voudrais témoigner ma très profonde et sincère reconnaissance.